Panier

0 article

Affiche "Créatures, les animaux ont une histoire"
Noël au Château
3,00 €
40 x 60 cm
2015

 Les animaux ont une histoire. Depuis quelques années, cette conviction a nourri le travail de l’auteur et metteur en scène libano-québecois Wajdi Mouawad. A l’occasion de sa traditionnelle opération « Noël au château », le château des ducs de Bretagne, à Nantes, lui laisse, jusqu’au 3 janvier, les clés de la maison. Mieux : le Musée d’histoire naturelle de la ville met à sa disposition son exceptionnelle collection de squelettes et d’animaux naturalisés. Grand bien lui en a pris. C’est avec un regard neuf que l’on découvre, au long d’un étonnant parcours, ces multiples espèces, qu’on les observe, qu’on les écoute.

 Car, si les animaux ont une histoire, ils ont aussi une voix, qui nous rappelle de drôles de petits faits. Que la fouine ne craint personne, sauf peut-être le renard et le hibou. Que le fennec fait preuve d’une intelligence hors du commun. Ou que le grand esturgeon à l’imposant squelette peuplait encore la Loire au tournant des XIXe et XXe siècles.

Mais l’artiste n’est pas un scientifique. Plutôt… un scarabée. Grâce à son système intestinal, ce dernier trouve dans nos excréments « la substance appropriée à la production de cette carapace si magnifique : le vert jade du scarabée de Chine, le rouge pourpre du scarabée d’Afrique, le noir de jais du scarabée d’Europe… » Surgissant d’une vitrine d’insectes, la voix du coléoptère affirme : « L’artiste, tel un scarabée, se nourrit des déjections du monde et, de cette nourriture abjecte, il parvient parfois à faire jaillir la beauté. »

Wajdi Mouawad invite ses chers squelettes à nous parler de nous, les hommes. Les bêtes à cornes, trophées accrochés au mur, réclament en choeur leur retour à la vie sauvage, nous -promettant leur « amitié infinie ». Les oiseaux – grands cormorans, fous de Bassan et autres spatules installés au milieu d’une maquette de la ville au XVe siècle – avouent leur peine à nous comprendre : « Les humains ont reçu la verticalité en cadeau et pourtant nous les voyons aller courbés sous un poids invisible »… Ne comptez pas non plus sur le crocodile pour éclaircir le tableau. « Je suis appâté par le gain, je suis appâté par le sang, confie-t-il.(…) Mais rien n’est plus crocodile qu’un humain. » Songez à ce que l’homme fait subir aux éléphants à qui il vole leurs défenses, aux rhinocéros à qui il dérobe leur corne, aux tigres, aux baleines. Et plus encore ce qu’il inflige aux autres hommes.

Dans ce château qui accueille le Musée d’histoire de Nantes, il était impossible d’oublier le rôle qu’a joué la cité dans le commerce triangulaire. A l’abomination de l’esclavage, Wajdi Mouawad réserve un traitement à part. Aucun squelette n’a été installé dans la petite salle où le musée présente un exemplaire de 1742 du Code noir. Juste un panneau. « En ce lieu, aucun animal n’a voulu venir », écrit la grande autruche. Car cette histoire n’appartient qu’aux hommes. « Nous, les bêtes, jamais n’avons douté de nos semblables. » L’instant est saisissant, le texte magnifique. Comme tous ceux que l’on retrouve sur le CD édité à l’occasion de l’événement. Manière de ne pas oublier que l’animal a des choses à nous apprendre. Le scarabée plus encore que les autres.

Mots-clés